La semaine de 4 jours en France : où en est-on ?

Julie
La semaine de 4 jours en France : où en est-on ?

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La semaine de 4 jours en France : a-t-elle su convaincre ?

Aujourd’hui, certaines formes modernes d’organisation du travail bouleversent le système traditionnel. En effet, après le télétravail qui a su convaincre une bonne partie des entreprises et des collaborateurs, c’est à la semaine de 4 jours de faire ses preuves. À l’annonce de son expérimentation, elle suscite un véritable engouement de la part des travailleurs. Après l’Islande, le Royaume-Uni ou, encore, la Belgique, la semaine de 4 jours en France fera-t-elle mouche ? D’ailleurs, où en est-on ? La loi est-elle venue réglementer cette nouvelle forme d’organisation du travail ? 

Faisons le point.

La semaine de 4 jours en France, toujours sur le devant de la scène

Rien que l’expression « semaine de 4 jours » fait briller les yeux de vos collaborateurs ? Peut-être est-ce aussi votre cas ? Trêve de plaisanterie : les nouvelles formes d’organisation du travail requièrent nécessairement l’intervention du législateur. Pour qu’elles s’ancrent durablement dans le fonctionnement interne des entreprises, ce dernier se doit d’intervenir. Où en est-on d’ailleurs ?

Genèse de la semaine de 4 jours en France

Historiquement, la semaine de 5 jours et 40 heures a été instaurée en 1926 par l’industriel américain Henry Ford, avec pour objectif de fidéliser ses employés et d’améliorer leur équilibre entre vie professionnelle et personnelle. 

En France, le passage à la semaine de 35 heures s'est fait progressivement à la fin des années 1990 et au début des années 2000, sous l'impulsion du gouvernement de Lionel Jospin. Cette réforme majeure du temps de travail a été mise en place par deux lois, connues sous le nom de "lois Aubry", du nom de la ministre de l'Emploi et de la Solidarité de l'époque, Martine Aubry.

La première loi, votée le 13 juin 1998, visait à préparer le terrain et à informer les entreprises. La seconde loi, adoptée le 19 janvier 2000, fixait les règles d'application concrètes du passage aux 35 heures.
Cette réforme avait pour objectifs principaux de réduire le chômage, d'améliorer les conditions de travail et de créer des emplois en partageant le temps de travail. La durée légale du travail est ainsi passée de 39 heures à 35 heures par semaine pour un salarié à temps plein, avec des modalités d'application variables selon la taille des entreprises et la possibilité d'aménager le temps de travail sur une base annuelle.

Toujours en France, l’économiste Pierre Larrouturou fut l’un des premiers à proposer la semaine de quatre jours dès 1993.

Avant les expérimentations menées par le gouvernement en 2024, certaines entreprises françaises avaient déjà testé cette nouvelle forme d’organisation du travail. C’est notamment le cas de l’entreprise LDLC, et ce dès 2021, avec une organisation à 32 heures sans baisse de salaire.

D’autres ont suivi, mais en 2022, elles ne seraient que 5 % à avoir passé le cap. Pourtant, la demande est bien réelle du côté des travailleurs : en 2024, 70 % des Français se disaient favorables à une semaine de 32 heures payées 35, d’après une étude Ifop pour Politis de mars 2024.

La semaine de 4 jours séduit-elle vraiment ? 

Le sondage Ifop pour Politis, en date du 21 mars 2024, s’intéresse à l’adhésion des Français à la semaine de 4 jours. Pour information, l’enquête a été réalisée auprès d’un échantillon de 1 008 personnes.

Alors, qui la semaine de 4 jours séduit-elle ?

Clairement, la semaine de quatre jours a conquis une large majorité de Français :  

  • 70 % d’entre eux se déclarent favorables à son instauration dans les entreprises publiques et privées, avec une rémunération maintenue sur la base de 35 heures pour 32 heures travaillées. 
  • L’adhésion est encore plus forte chez les actifs : 77 % soutiennent cette mesure, dont près de 45 % avec un enthousiasme marqué.

On note toutefois un écart entre les genres. Les femmes actives sont plus nombreuses à soutenir cette mesure, 81 % contre 73 % des hommes actifs. 

Cette différence peut s’expliquer par la charge domestique et mentale encore majoritairement assumée par les femmes, qui voient dans cette organisation une opportunité de mieux concilier travail et vie personnelle.

Outre les genres, il est aussi question de génération. Parmi l’ensemble des Français, 84 % des moins de 35 ans y sont favorables, contre 65 % des 35 ans et plus, et seulement 49 % des 65 ans et plus. 

Chez les actifs, l’écart se resserre : 85 % des moins de 35 ans soutiennent la semaine de quatre jours, contre 74 % des 35 ans et plus.

Un fort soutien des catégories populaires : parmi les actifs, les ouvriers (81 %) et les employés (79 %) sont les plus favorables, probablement en raison de la pénibilité de leur travail. 

Les cadres (76 %) et les professions intermédiaires (79 %) adhèrent également à la mesure. 

En revanche, seuls 60 % des artisans et commerçants s’y montrent favorables, un chiffre inférieur à la moyenne sans doute en raison de la nature de leur activité, souvent soumise à des horaires atypiques.

En somme, l’idée d’une semaine de 4 jours en France séduit largement la population active.

La semaine de 4 jours en France : le tournant pris par le gouvernement

En France, environ 10 000 salariés ont expérimenté la semaine de 4 jours début 2023. 

Bien que LDLC et d’autres entreprises aient montré la marche à suivre, le pouvoir exécutif français, alors dirigé par Gabriel Attal, a pris une autre direction.

Contrairement au modèle plébiscité par une majorité de Français, retenez simplement qu’en France, l’heure est aux expérimentations d’une semaine de travail plus courte, mais sans réduction effective du temps de travail.

En d’autres termes, cette version ne réduit pas la durée du travail : elle le condense simplement sur 4 jours au lieu de 5, avec des journées allongées. Une organisation qui, il faut le dire, suscite l’indignation des syndicats qui estiment qu’il s’agit en réalité d’une entrave au progrès social.

Par ailleurs, en mars 2024, le gouvernement a annoncé vouloir tester une nouvelle expérimentation, cette fois au sein des administrations de la fonction publique. Celle-ci devrait prendre fin en mars 2025. Un premier bilan est prévu en juillet 2025.

L’expérimentation de la semaine de 4 jours en France et en Europe

Face aux nouveaux modes d’organisation du travail qui séduisent de plus en plus, la semaine de 4 jours a fait son bout de chemin direction l’Europe ! À partir de 2023, certains salariés français ont eu l’opportunité d’expérimenter cette organisation flexible. Comment l’ont-ils vécu ? L’engouement pour la semaine de 4 jours s’est-il confirmé ? Quid du reste de l’Europe ? Est-ce une franche réussite ? 

On s’y colle.

Retour sur l’expérimentation française de la semaine de 4 jours

Selon l’étude d’avril 2024 du Crédoc, un actif sur deux se déclare séduit par la semaine de 4 jours, sans réduction du temps de travail.

Les interrogés jugent que la semaine de 4 jours représente une opportunité d’avoir plus de temps pour eux-mêmes ou leur famille, tout en favorisant un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

Cependant, l’étude menée met l’accent sur les inconvénients relatifs à cette pratique, notamment l’allongement des journées de travail, source de fatigue et de complexité organisationnelle.

À noter :
Les inconvénients relatifs à l’allongement des journées de travail touchent plus particulièrement les familles monoparentales, les personnes en situation de handicap et les cadres chargés de gérer les plannings.

L’étude souligne la nécessité d’un déploiement sur la base du volontariat, d’une anticipation des risques psychosociaux et d’un accompagnement des managers pour éviter une surcharge mentale. 

Globalement, les salariés expriment également une demande croissante de flexibilité et d’individualisation des horaires, plutôt qu’une simple réduction des jours travaillés.

À méditer…

Par ailleurs, il est à noter que certaines entreprises ont décidé de pérenniser la semaine de 4 jours suite à l’expérimentation menée. Depuis le 7 février 2025, la RATP a notamment généralisé cette pratique pour l’ensemble de ses agents de stations et de gares des transports parisiens.

La semaine de 4 jours à l’échelle européenne

Chez nos voisins européens, des expérimentations similaires sont menées. Attention, une majorité de pays ont choisi un positionnement différent du nôtre : la semaine de 4 jours s’accompagne généralement d’une réduction de travail hebdomadaire (ce qui, à la base, avait séduit les Français). 

Prenons le cas de l’Islande. Entre 2015 et 2019, 2 000 salariés du secteur public ont testé ce modèle en travaillant 35 heures par semaine au lieu des 40 heures habituelles. Les résultats ont révélé une réduction du stress professionnel et une amélioration du bien-être des employés, sans impact négatif sur leur productivité. Aujourd’hui, près de 90 % des actifs bénéficient d’horaires réduits ou d’autres aménagements.

Entre juin et décembre 2022, le Royaume-Uni a mené une expérimentation sur la semaine de quatre jours, impliquant 61 entreprises de divers secteurs. Le principe : une réduction du temps de travail de 20 % sans baisse de salaire. L’Écosse avait mené une expérimentation similaire, dont l’issue s’était avérée positive.

Les résultats ont été largement positifs : 92 % des entreprises ont choisi de poursuivre l’expérience, dont 18 % de façon définitive. Elles ont constaté une diminution du stress et de l’épuisement professionnel, ainsi qu’une baisse de l’absentéisme et des démissions. Et ce, malgré une intensification du rythme de travail. 

En 2022, la Lituanie a décidé d’offrir la semaine de 4 jours aux jeunes parents, ce qui constitue une avancée certaine en termes d’équilibre de vie. 

En 2023, l’Espagne a lancé sa propre expérimentation : elle opte pour le modèle de réduction du temps de travail sans perte de salaire. Celle-ci devrait durer 3 ans. 

En février 2024, l’Allemagne, qui a choisi un fonctionnement semblable au nôtre, ressort de cette expérimentation avec des résultats concluants. 45 entreprises ont testé la semaine de 4 jours durant 6 mois. Suite à cette période d’essai, 73 % des entreprises souhaitent conserver ce mode d’organisation du travail !

La Belgique a également opté pour une réorganisation du temps de travail et a légiféré à ce propos en 2023. Néanmoins, la semaine de 4 jours reste un phénomène plutôt marginal, avec seulement 1 Belge sur 200 qui opte pour une condensation de ses horaires de travail selon Acerta.

Aussi, les résultats de la semaine de 4 jours ont été plutôt mitigés en Suède, après un test en 2015. De même, la Finlande, qui a elle aussi testé ce modèle, ne l’a pas instauré non plus.

Quid de la réglementation de la semaine de 4 jours en France ?

Pour l’heure, le Parlement n’a pas encore légiféré à ce propos. En effet, la semaine de 4 jours ne possède ni définition légale ni article dédié au sein du code du travail.

À ce titre les modalités de mise en place dépendent de chaque entreprise (dans le respect de la loi, bien évidemment !). Certaines structures opteront ainsi pour le modèle avec réduction de temps de travail, tandis que d’autres privilégieront la réorganisation du temps de travail sans réduction horaire.

Si la semaine de 4 jours se généralise au sein des entreprises, on peut espérer que le législateur encadre cette pratique pour éviter les dérives.

Ces dernières années, le monde du travail a connu d’importantes mutations, notamment de véritables avancées vers la flexibilité et, par extension, vers la modernité. En effet, aujourd’hui, ce ne sont pas moins de 47 % des entreprises françaises qui ont recours au télétravail, selon Statista

De même, la France s’essaie à de nouvelles pratiques : l’expérimentation de la semaine de 4 jours en est la parfaite illustration. Par ailleurs, le législateur n’est toujours pas venu réglementer cette pratique. Cela veut-il dire que les expérimentations vont cesser ou, au contraire, continuer de s’étendre ? À vrai dire, nous disposons de peu d’informations. Pour savoir si la semaine de 4 jours finira par être généralisée dans les entreprises françaises, il faudra faire preuve d’encore un peu de patience…

Néanmoins, une chose est sûre : la flexibilité au travail est la clé d’une meilleure productivité et d’un meilleur équilibre de vie pour les salariés. Télétravail, semaine de 4 jours… Quels chantiers restent-ils à initier ? 

Rassurez-vous, les entreprises ont encore de quoi faire en matière de nouvelles formes d’organisation du travail. 

La prochaine fois, on s’attaquera aux avantages conférés par l’employeur. En guise de teasing, on parlera par exemple des congés illimités !

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À propos de l'auteur·e
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Juriste en Droit des Affaires et Content Manager Freelance. Lorsque je ne suis pas occupée à dévorer un roman ou à faire du canicross, j’écris des articles de blog sur l'univers RH (et le droit !)